Documentaire

Lexique

Allahou akbar
On associe souvent la formule à un cri de guerre, notamment prononcé par les terroristes sur le point de commettre un attentat. Par le truchement des médias, les deux mots ont été entendus par les Occidentaux et sont même devenus l'objet de railleries. Pourtant, le sens de cette formule galvaudée est inoffensif: Dieu est grand, ou le plus grand, pour être exact. Si les musulmans l'entendent au quotidien, c'est parce qu'Allahou akbar sert à commencer l'adhan, l'appel à la prière. Autrement, c'est pour souligner leur joie que les adeptes d'Allah s'exclament ainsi.
Calife
Le terme signifie littéralement successeur. Dans son sens religieux, le calife est celui qui hérite du pouvoir détenu à l'origine par le prophète de l'Islam, Mohammed. Son autorité politique et spirituelle est supérieure en ce qu'elle lui est conférée par Dieu. La transmission du titre ne connait pas de règle claire, si bien qu'elle se fait parfois par hérédité, parfois par acclamation, parfois par la force des choses. C'est ainsi que l'Irakien Abou Bakr al-Baghdadi s'est autoproclamé calife de l'État islamique.
Califat
Le califat, ou khilafah, en arabe, est le territoire et la population sous la gouverne du successeur du prophète Mohammed, ce leader spirituel et politique que l'on appelle le calife. Le monde a connu des califats depuis la naissance de l'Islam jusqu'en 1924. Le califat de l'État islamique d'Irak et de Syrie, proclamé le 1er jour de ramadan 1435, soit le 29 juin 2014, selon notre calendrier, mettait donc un terme à presque 100 ans d'absence d'une telle réalité géopolitique. Pour Youssef, il s'agissait là d'une confirmation de la pertinence spirituelle et politique de ce mouvement auquel il a voulu se joindre.
Daech
Daech est l'acronyme arabe de ad-dawla al-islamiyya fi-l-ʿiraq wa-s-sam, c'est-à-dire l'état islamique d'Irak et du Levant, le Levant étant une appellation ancienne de la Syrie. Ce serait vers 2004, dans une prison d'Irak alors sous tutelle américaine, que le mouvement aurait pris naissance. Des anciens hauts gradés de l'armée de Saddam Hussein et des leaders d'al-Qaïda en seraient à l'origine, tous étant frustrés par l'occupation étrangère de leur pays et privilégiant l'établissement d'un gouvernement islamiste par la force militaire comme solution. Officiellement fondée en 2006 et ayant pratiquement remplacé al-Qaïda en Irak l'année suivante, l'organisation profite de l'instabilité politique due au printemps arabe de 2011 pour se répandre en Syrie.  En 2013, elle devient officiellement l'État islamique d'Irak et du Levant. Fort de grandes victoires militaires, notamment à Mossoul, son chef Abou Bakr al-Baghdadi profite des festivités du premier jour de ramadan (29 juin 2014) pour faire une grande annonce : le rétablissement du califat dans les territoires sous son contrôle, dont il se proclame lui-même calife, successeur de Mahomet. Dans la foulée, des dizaines de milliers de jeunes musulmans partent des quatre coins de la planète pour émigrer dans Daech, y combattre ou y établir domicile.
Djihad
Dans son sens strict, djihad signifie effort. Dans son interprétation coranique, il s'agit plus précisément d'un effort fait pour dieu. Ainsi, djihad est souvent utilisé pour évoquer une forme ou une autre d'abnégation spirituelle; un combat contre son égo, contre ses désirs, contre ses démons. Toutefois, il sert aussi à décrire des combats bien réels, notamment une lutte armée contre les forces qui menacent l'Islam. On parle ici du djihad défensif, que Youssef considérait comme juste. Dans d'autres occurrences, il évoque une agression armée dont l'objectif est de propager la même foi.
Haram
Ce qui est haram est tout simplement interdit, à l'instar du péché des chrétiens. En ce sens, le terme est diamétralement opposé à halal, qui qualifie notamment, mais pas seulement, la nourriture propre à la consommation pour les musulmans. S'il est bien entendu acquis en islam que tuer est haram, d'autres interdits sont sujets à certaines largesses chez les musulmans : la consommation d'alcool et de porc, notamment, n'est pas rejetée de tous. Un musulman rigoureux comme Youssef, toutefois, respecte à la lettre ces interdictions. Il se peut même qu'il ait considéré le fait de voter comme haram, puisque toute autorité doit venir de dieu.
Hijra
La hijra, ou l'hégire, est un geste fondateur posé par Mohammed en 622 de notre ère. Alors que le prophète et ses apôtres sont persécutés à la Mecque, ils décident de fuir vers Yathrib, devenue Médine ou la ville du prophète. Ce geste est si important qu'il marque le début de l'ère musulmane, au même titre que la naissance du christ dans la nôtre. Dans la culture musulmane, le hijra signifie le retour en terre d'Islam pour pratiquer sa foi librement, à l'imitation du prophète. L'hijra de Youssef découle effectivement d'une difficulté à vivre son islam chez nous, de poser certains gestes incongrus dans notre culture. Il a hésité entre plusieurs destinations – Maroc, Mauritanie, Égypte – avant de faire son hijra en Syrie.
Inch'Allah
De toutes les formules spirituelles arabes, inch'Allah est sans doute la plus connue en dehors du monde musulman. Des formules copiées existent d'ailleurs dans les langues portugaise (oxala) et espagnole castillane (ojala). En fait, Inch'Allah veut tout simplement dire « si dieu le veut », et sert à rappeler l'arbitraire divin, comme chez les chrétiens. Pour un néophyte de l'islam comme Youssef l'est éventuellement devenu, prononcer ces mots après avoir exprimé un souhait ou une volonté devient rapidement un automatisme qui teinte son existence.
Irak
État musulman ayant des frontières communes avec la Turquie, l'Iran, le Koweït, l'Arabie Saoudite et la Jordanie, il est pratiquement deux fois plus grand et plus populeux que la Syrie voisine. L'histoire récente de ce pays au passé faste nous est bien connue, depuis la guerre contre l'Iran révolutionnaire (1980-1989) jusqu'à la pendaison de Saddam Hussein (2006) à la suite des événements du 11 septembre 2001 en passant par la guerre du Golfe (1990-1991), occasionnée par l'invasion du Koweït. L'élection d'un gouvernement minoritaire en 2005 et le retrait des forces américaines, en 2011, ont laissé le pays dans un état d'instabilité politique, qui a favorisé la naissance d'une résistance politique, religieuse et militaire. C'est dans ce contexte que le groupe qui est plus tard devenu Daech est né.
Kouffar
Péjoratif, ce terme veut dire les mécréants, ou « ceux qui ne croient pas ». Les gens du livre, juifs et chrétiens, bénéficient généralement d'une plus grande indulgence parmi les musulmans que les païens et les athées, qui croient en plusieurs divinités ou aucune. Parmi les mécréants, on compte aussi les musulmans qui, par leurs paroles ou leurs gestes, méritent d'être exclus de la communauté. En s'en prenant au peuple syrien, Bachar el-Assad s'est attiré ce genre de jugement. D'ailleurs, les étrangers qui ont rejoint Daech en voulaient tout particulièrement aux kouffar du régime.
Mohammed
Aussi appelé Mahomet, par une volonté de franciser ce nom arabe, il est le prophète de l'islam, au même titre que Jésus a apporté la bonne nouvelle aux chrétiens. Né vers 570 à La Mecque et décédé vers 632 à Médine, deux villes aujourd'hui situées dans le royaume d'Arabie saoudite, il a été un chef spirituel, politique et militaire pour les adeptes de l'islam qu'il a fondé. Le Coran serait constitué de ses paroles, elles-mêmes transmises à lui par l'archange Gabriel. Dans le même livre saint, il est considéré comme le cinquième et dernier prophète monothéiste, après Noé, Abraham, Moïse et Jésus.
Oumma
La chrétienté a son Église, l'Islam a sa oumma. Le terme arabe signifie simplement communauté des musulmans, au sens global. Dans l'argumentaire de Daech, les violences faites à la oumma, par le régime syrien et par les forces armées de la coalition, notamment, obligent les musulmans du monde à se porter à sa défense. Le djihad n'est pas motivé par l'accès aux vierges du paradis. C'est sauver la oumma qui est devenu l'objectif principal, du premier contingent d'étrangers à avoir rejoint Daech, en tout cas. Youssef en était. Oumma partage sa racine avec le mot arabe mère.
Radicalisation
Dérivé du latin radix signifiant racine (radis!), le terme radicalisation n'est peut-être pas qu'une simple quête de ses racines, mais il ne mérite pas le sens péjoratif qu'on lui prête non plus. Dans sa signification la plus usitée, se radicaliser signifie « durcir ses actions, politiques ou sociales ». De nos jours, nouvelles obligent, on associe aisément radicalisation et islam. En effet, en devenant plus strict dans la pratique de sa foi, par la prière, le jeûne, ou le port de la barbe, par exemple, on pourrait dire d'un musulman qu'il se radicalise. Si toutefois le terme n'était pas aussi chargé d'une présomption indue de méchanceté ou de violence. Car le processus spirituel peut s'arrêter là. Même l'hijra ne pose pas problème en soi, outre la séparation familiale qu'elle implique. Et si la radicalisation peut effectivement mener à des gestes violents, parfois, il importe de rappeler deux choses. D'une part, c'est l'exception, car même de Youssef, on est loin d'être certains qu'il cautionne le terrorisme, par exemple. Et d'autre part, les gestes violents posés par certains musulmans radicaux ne doivent en aucun cas justifier la stigmatisation de la très grande majorité des musulmans, aussi pieux soient-ils.
Sheitan
Ce terme, à rapprocher du français Satan signifie grosso modo démon ou, par extension, perversion. Dans l'islam rigoureux, certaines pratiques sont considérées comme maléfiques, et conséquemment proscrites. Dans le cas de Youssef, plusieurs témoignages confirment son amour de la musique. Il a été fan de plusieurs artistes et jouait lui-même de la guitare basse. Malgré cela, il en était venu à la considérer comme sheitan, pour ce que la musique divertit de l'adoration de dieu.
Syrie
Petit état à majorité musulmane du Moyen-Orient, sis entre la Turquie, l'Irak, la Jordanie, Israël, Liban et la mer Méditerranée, il comptait 17 millions d'habitants lorsque Youssef y a élu domicile. L'histoire millénaire et riche de ce pays a été obscurcie par les événements politiques récents, à savoir la violente répression du printemps arabe de 2011 qui a mené à l'actuelle guerre civile. L'instabilité politique conséquente a mené à l'émergence de plusieurs groupes armés s'opposant au régime du président Bachar el-Assad, notamment l'Armée syrienne libre des rebelles et les forces de Daech, sans compter des dizaines de groupuscules comme Al-Qaïda et les milices kurdes. 5 millions de Syriens auraient fui leur pays à feu et à sang et 200 000 autres y auraient perdu la vie.